L’addiction, principal facteur de risque de rupture de suivi des malades infectés par le VHC

29/10 – L’accès au traitement par antiviraux d’action directe est variable selon les pays. En France, il est désormais universel. Près de 95% des patients sont suivis et guéris mais il reste un pourcentage significatif de « perdus de vue ». Qui sont-ils et quels sont les risques associés? L’expérience française…

L’hépatite C reste une maladie fréquente et potentiellement grave (risque de cirrhose, carcinome hépatocellulaire). Les antiviraux d’action directe (AAD) permettent d’éradiquer le virus chez plus de 95% des sujets infectés et l’accès au traitement est désormais universel en France. Cependant, une proportion non négligeable de malades interrompt le suivi. Outre le risque individuel, il existe un risque collectif de poursuite de l’épidémie. Cette population perdue de vue (PDV) n’a jamais été étudiée en France. Qui sont ces patients?

Un problème de société

L’objectif principal de ce travail (1) était d’étudier les caractéristiques principales de la population PDV, d’un point de vue médical et social, et de mettre en évidence des facteurs de risque de perte de vue des patient. L’objectif secondaire était de connaître le devenir de ces patients PDV. Toutes les caractéristiques des sujets porteurs d’une hépatite C suivis en hépatologie au CHU de Rouen entre septembre 2010 et septembre 2013 ont été relevées. Ceux qui n’ont pas consulté depuis au moins deux ans, sans raison consignée dans le dossier, étaient considérés comme PDV. Ce groupe a été comparé à un groupe témoin de patients ayant continué le suivi. Tous les médecins traitants des PDV ont été questionnés par téléphone afin de connaître le devenir de ces patients et la cause de la rupture du suivi spécialisé. L’existence d’un problème social était définie par l’absence de logement fixe, un antécédent d’incarcération ou une détention en cours, une irrégularité administrative.

14% de patients perdus de vue à 2 ans

Sur 970 personnes consultant pour hépatite C au CHU en trois ans, 137 (14%) sont PDV à deux ans. Il s’agit en majorité d’hommes (sex ratio = 1,54), avec un âge moyen de 55 ans. La majorité avait une indication à une prise en charge active (bilan et/ou traitement); seuls 18% des PDV étaient en suivi post traitement. En comparant à 140 témoins, les facteurs de risque de PDV sont : l’existence d’un problème social (OR = 5,2), l’inactivité professionnelle (OR = 3,54), l’habitat dans la métropole (OR = 1,68). Le fait d’avoir eu une addiction ancienne ou actuelle (quelle que soit la substance psycho-active) est significativement associé à un risque de PDV (OR = 3,46). Les patients témoins ont reçu plus de traitement antiviral (p<0,0001); la proportion de charge virale indétectable est significativement plus importante (p<0,0001), et le score de fibrose plus élevé (p=0,03). En analyse multi-variée, le facteur le plus fortement associé à la rupture de suivi est l’addiction (p=0,0002).

Les deux raisons principales de rupture de suivi évoquées par les médecins traitants sont la présence d’une co-morbidité active interférant dans la prise en charge et la perte de vue par le généraliste lui-même.

L’addiction, 1er motif

Dans cette étude, l’addiction est le principal facteur de risque de rupture de suivi des malades infectés par le VHC. Dans un objectif de contrôle de l’épidémie, il parait nécessaire de proposer à ce type de patient un parcours de soins spécifique, en partenariat avec les lieux de soins fréquentés.

Réf.

1.Van Elslande H, et al. AFEF 2017;#P011