Traitement de l’hépatite C chronique par antiviraux: quels résultats chez le patient alcoolique ou en désintoxication?

Traitement de l’hépatite C chronique par antiviraux: quels résultats chez le patient alcoolique ou en désintoxication?

30/06 – Peu de données sont disponibles sur l’efficacité des antiviraux à action directe chez le patient alcoolique ou sous traitement substitutif pour toxicomanie. Différents problèmes peuvent se poser, un manque d’adhérence, la difficulté de suivre le patient ou des interférences qui peuvent affecter les réponses virales soutenues. Un résumé de cette étude sur 1104 patients suivis dans une unité hospitalière.

La prévalence de l’infection par le virus de l’hépatite C (VHC) est élevée chez les patients ayant un trouble lié à l’usage de l’alcool et/ou une toxicomanie substituée. La consommation d’alcool aggrave l’évolution de l’hépatite chronique C en terme de fibrose hépatique. Auparavant, la bithérapie avec interféron pégylé, était compliquée à gérer chez ces patients notamment en raison des effets secondaires bien qu’aient été rapportés des taux de guérison virologique comparables à ceux des patients abstinents. Aujourd’hui les nouveaux antiviraux avec pour chef de file le sofosbuvir, ont changé la donne chez tous les patients VHC+.  De nombreuses études montrent des réponses virales soutenues > 90% chez quasi tous les patients repris dans les essais cliniques randomisés et les études de cohorte. On en est maintenant à s’intéresser aux sous-groupes de patients un peu atypiques et généralement non repris dans les études comme les patients alcooliques ou toxicomanes en cure de désintoxication.

Pas d’interférence de l’alcool ou de la drogue

La cohorte (1) a inclus 1104 patients (89% d’hommes, âge médian: 56 ans) ayant reçu des antiviraux, dont 64 (5,4%) ont une consommation d’alcool supérieure à 30 g/jr (33 g/j en moyenne) et/ou un traitement de substitution opiacée (TSO) et/ou une autre assuétude.  Au total 39 patients (61%) sont sous TSO, 2 sont consommateurs de cocaïne et 1 est sous baclofène.  Sur le plan hépatique, 44 patients sont cirrhotiques, 8 ont une fibrose F3 et 31 ont déjà été traités par des schémas à base d’interféron. La charge virale du VHC était disponible au moins 12 semaines après la fin du traitement pour 38 patients (23 traités par sofobusvir daclatasvir +/- ribavirine, 8 par sofosbuvir ledispavir +/- ribavirine, 2 par ombitasvir paritaprevir ritonavir ribavirine, 3 par ombitasvir paritaprevir ritonavir dasabuvir +/- ribavirine et 2 par sofosbuvir interféron pégylé ribavirine). Dix-huit patients sont en cours de suivi et 8 sont perdus de vue (7 étant adhérents au traitement). Les taux de réponse virologique soutenue à 12 semaines (RVS12) étaient de 92,1 % (35/38) (87,5% chez les patients alcooliques et 95,4% chez les patients sous TSO. Chez les patients en échec, la compliance ne semblait pas en cause. Tous avaient une  cirrhose, un patient avait une infection par un VHC de génotype 3 et 2 traités par bithérapie pégylée associée au sofosbuvir étaient non répondeurs à des trithérapies avec inhibiteurs de protéase de première génération. Le taux de RVS12 chez les patients sans consommation à risque d’alcool ni TSO était de 92,3% .

Plus d’adhérence, plus de RVS

Les antiviraux directs rendent plus simple le traitement de l’hépatite C pour les patients ayant une consommation excessive d’alcool et/ou sous TSO. L’efficacité antivirale ne semble pas différente de celle observée dans la population générale. Le suivi des patients semble plus aléatoire. L’initiation du traitement antiviral est pour certains patients une porte de (ré)entrée dans le système de soins. Il reste à évaluer l’impact du traitement et de la RVS sur la consommation d’alcool.

Réf.

1.Corouge M, et al. JFHOD2017;#P55